LE CONDITIONNEL
en français

Recueil d'études


Description Contributions Références Renseignements

Dernière révision de cette page : 1 octobre 2003

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Le conditionnel compte certainement parmi les formes du verbe les moins étudiées durant le dernier quart du siècle. Son étude linguistique est précédée, il est vrai, d'un débat plusieurs fois séculaire sur le statut de la forme - mode à part ou temps de l'indicatif ? - et corollairement sur l'adéquation du terme de conditionnel. Au tournant du siècle dernier on a vu paraître plusieurs thèses, ouvrages et articles consacrés au conditionnel. Puis, pendant les années '50 à '70, c'est dans une série de d'ouvrages d'ensemble sur le système des temps en français que réapparaît le conditionnel, décrit comme un des temps de l'indicatif. Les publications sur la forme se sont ensuite faites rares jusqu'aux années '90. Avec la soutenance de deux nouvelles thèses de doctorat sur le sujet (Haillet 1992 et d'Abouda 1997), la parution d'une nouvelle monographie (Haillet 1995) et d'une série d'articles récents (Dendale 1999 et 2000, Donaire 1998, Gosselin 1999, Haillet 1998a et 1998b, Kreutz 1998, Schrott 1998) on peut voir les premiers signes d'un regain d'intérêt pour cette forme. Toujours est-il qu'on est loin encore d'une dynamique de recherches telle qu'on la connaît par exemple pour les temps du passé ou même pour le futur. C'est dans l'espoir de pouvoir contribuer à donner au conditionnel une nouvelle dynamique qu'est né le projet de publication de ce recueil.

Réunissant quinze études, rédigées par une vingtaine de linguistes de divers pays, ce recueil offre un panorama que nous espérons représentatif et varié de problèmes, de perspectives et d'analyses portant sur divers aspects du conditionnel. Le but du projet n'a jamais été d'uniformiser la description ou la terminologie, ni de montrer le joint entre les différentes approches ou types d'analyse, mais plutôt de confronter des points de vues différents sur certains aspects de la forme. Ç'aurait d'ailleurs été faire tort à la richesse et à la complexité sémantique du conditionnel que d'essayer de tout couler dans un cadre unique.

Les contributions à ce volume ont été groupées en deux parties.

La première partie comporte des études dans lesquelles le conditionnel est étudié dans sa globalité et dans sa pluralité d'emplois. La plupart de ces études sont consacrées à la recherche d'un invariant sémantique ou d'un sens unique et à la classification des emplois en grands groupes d'emplois dits "canoniques".

La seconde partie contient des études spécifiques portant sur tel ou tel emploi particulier: le conditionnel d'éventualité et son emploi dans les phrases hypothétiques, le conditionnel de l'information empruntée et le conditionnel d'hypothèse (dans les phrases interrogatives), le conditionnel d'atténuation, le conditionnel de certains verbes comme le verbe modal devoir.

Pour combler un peu cette lacune nous avons voulu rassembler un certain nombre de linguistes autour du thème du temps/mode conditionnel. L’approche et le cadre descriptif sont libres, de même que la valeur ou les caractéristiques traitées. Le volume a paru au début 2001, dans la collection Recherches Linguistiques de l’Université de Metz, diffusé par Klincsieck (Paris). Ci-dessous la table des matières du volume.

Le volume (374 pages) peut être commandé en écrivant à :

Université de Metz
UFR Lettres et Langues
Secrétariat de recherches
Collection Recherches Linguistiques
 Ile du Saulcy
F-57045 Metz cedex 1
France

Le projet de publication a été coordonné par Patrick Dendale et Liliane Tasmowski. Il cadre dans le projet de recherches "Pragmatics" (1997-2001) de l’Université d’Anvers-UIA, dirigé par Jef Verschueren et Liliane Tasmowski.

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Table des Matières Retour en Haut
PRESENTATION
Patrick Dendale Les problèmes linguistiques du conditionnel en français
PREMIERE PARTIE Caractérisation générale du conditionnel
Marc Wilmet : L’architectonique du " conditionnel"
Laurent Gosselin : Relations temporelles et modales dans le "conditionnel journalistique"
Ludo Melis : Hypothèses non temporelles sur le conditionnel comme tiroir de l’indicatif
Co Vet & Brigitte Kampers-Manhe Futur simple et futur du passé: leurs emplois temporels et modaux
Marcel Vuillaume : L’expression du futur dans le passé en français et en allemand
Hanne Korzen & Henning Nølke Le conditionnel : niveaux de modalisation
Jacques Moeschler & Anne Reboul Conditionnel et assertion conditionnelle
Carl Vetters Le conditionnel : ultérieur du non-actuel
DEUXIEME PARTIE Etude d'emplois particuliers du conditionnel
Danielle Leeman : Pourquoi ne peut-on combiner si et le conditionnel ?
Andrée Borillo Le conditionnel dans la corrélation hypothétique en français
Hans Kronning Nécessité et hypothèse : "devoir" non déontique au conditionnel
Lotfi Abouda Les emplois journalistique, polémique, et atténuatif du conditionnel. Un traitement unitaire
Pierre Haillet A propos de l’interrogation totale directe au conditionnel
Liliane Tasmowski Questions au conditionnel
Philippe Kreutz "Une chatte n’y retrouverait pas ses jeunes". Polyphonie, scalarité et dispositions
TROISIEME PARTIE
Patrick Dendale & Carl Vetters Bibliographie spécialisée sur le conditionnel en français
Renseignements Retour en Haut

Patrick Dendale
(Université de Metz & Université d’Anvers)
Tél. +32 3 820.28.13
Fax. +32 3 820 28 23 (à l'attention de P. Dendale)
Université d’Anvers
Département de Linguistique
Universiteitsplein 1
B-2610 Wilrijk
Belgique

 

Résumés des textes Retour en Haut
Patrick Dendale (Université d'Anvers & CELTED-Université de Metz) :
Les problèmes linguistiques du conditionnel en français

 

Marc Wilmet (Université Libre de Bruxelles) :
L’architectonique du " conditionnel"

Le conditionnel est de création romane. Sa première attestation en français date du IXe siècle. Il n’a cessé depuis d’accroître ses emplois au détriment du subjonctif.
          Synchroniquement, l’infixe [r] et le suffixe [´] rattachent la « forme en –rais » au futur et à l’imparfait de l’indicatif. Telle est aussi la valeur temporelle que nous lui reconnaissons : celle d’un futur du passé (localisant le procès à droite d’une actualité dépassée A’ sans le repérer par rapport à l’actualité A de l’énonciation), doublée d’un aspect global (le procès étant saisi comme un tout indivis).
          Les « effets de sens » du conditionnel découlent dès lors de quatre configurations : 1° le cotexte fournit un repère passé à hauteur de A’ (emploi de « futur du passé » proprement dit), 2° le cotexte fournit ou suggère en A’ un énonciateur secondaire (conditionnel « des ouï-dire » ou « journalistique », « polyphonique », etc.), 3° l’aspect global permet d’éviter la saisie cursive du procès — i.e. l’aspect sécant — inhérente au présent de l’indicatif (conditionnels « de discrétion », « de retenue », « de précaution », « d’hésitation », « de jeu », « de fiction », « de protestation » « de véhémence »…), 4° le futur du passé solidarise les temps passé, présent et futur (conditionnels « hypothétique », « dilatoire », « atténuatif »…).
          Sous la disparate des matériaux, c’est finalement une architecture toute simple qui transparaît.

Laurent Gosselin (Université de Rouen) :
Relations temporelles et modales dans le "conditionnel journalistique"

Partant d'une critique radicale de l'opposition exclusive entre valeurs temporelles et valeurs modales des temps verbaux (qui, à nos yeux, repose sur une confusion), cet article esquisse un modèle calculatoire des relations entre temps, aspect et modalité, et propose, dans ce cadre, une analyse unifiée du conditionnel, reposant sur une seule valeur en langue, directement fondée sur la morphologie particulière de ce temps. On essaie alors de montrer comment divers effets de sens contextuels se laissent calculer à partir de cette valeur en langue, en portant une attention toute particulière au conditionnel journalistique, pris comme cas de figure emblématique de la nécessité d'articuler, de façon rigoureuse et complexe, temporalité et modalité, plutôt que de les opposer. Cette analyse permet enfin d'expliquer pourquoi et dans quelle mesure le conditionnel, quoique relevant du mode indicatif, peut être sémantiquement proche du subjonctif.

Ludo Melis (Université KU Leuven) :
Hypothèses non temporelles sur le conditionnel comme tiroir de l’indicatif

Ludo Melis se propose de résoudre l'aporie suivante: les faits contextuels indiquent que le conditionnel doit être inscrit dans l'indicatif (cf Abouda). Comment alors justifier qu'on lui reconnaisse un emploi temporel si restreint par rapport aux autres tiroirs de l'indicatif? Pour ce faire, il reprend le problème depuis la base et caractérise l'indicatif dans son ensemble comme mode de vérification pour les propositions énoncées. A l'intérieur de ce cadre, les énoncés sont ou non évalués directement dans les conditions d'énonciation du moi-ici-maintenant (trait DIST). Ensuite, le mode de cette vérification est modulé (trait MOD). Il aboutit ainsi aux caractérisations: présent - DIST, - MOD, imparfait +DIST, - MOD, futur - DIST, + MOD, conditionnel + DIST, + MOD. A part le passé simple, chacun des temps a des emplois qui se laissent décrire par cet ensemble de traits sur les différentes strates de l'illocutoire, du modal et du temporel. De cette façon, le conditionnel est vu comme un tiroir de l'indicatif au même titre que les autres tiroirs.

Co Vet (Université de Groningue) &
Brigitte Kampers-Manhe (Université de Groningue)
:
Futur simple et futur du passé: leurs emplois temporels et modaux

L’idée défendue par les auteurs est celle de la nature fondamentalement temporelle du conditionnel, qu’il y a dès lors lieu d’appeler Futur du Passé (FP). Leur argumentation passe par la mise en parallèle des emplois du FP avec ceux du Futur Simple (FS) Pour les deux temps, ils distinguent trois emplois: temporel, modal et illocutionnaire. Le cadre théorique est celui de la structure stratifiée de l’énoncé élaborée par Dik.
          Pour ce qui est de l’emploi temporel du FS, il situe l’éventualité en postériorité par rapport au moment d’énonciation (Paul sera là bientôt). Dans son emploi modal, le FS indique que l’évaluation de la valeur de vérité de la proposition est suspendue (Pierre aura manqué le train). Dans l’emploi illocutionnaire, c’est la réalisation de l’acte de langage qui est remise à plus tard (Je dirai que...).
          Un examen des faits révèle une même tripartition pour les emplois du FP. Dans son emploi temporel, il situe une éventualité en postériorité par rapport à un moment de référence passé (Paul a dit qu’il serait là bientôt). Dans son emploi modal, le locuteur désigne un autre que lui-même comme assignateur de la valeur de vérité pour la proposition (Paul serait à Amsterdam). Dans son emploi illocutionnaire enfin, l’acte de langage est présenté comme étant accompli dans une situation différente de celle du locuteur et de l’interlocuteur (Je voudrais vous demander de...).
          Finalement les auteurs montrent que l’analogie entre le FS et le FP est aussi capable d’expliquer l’emploi de ces temps dans l’apodose des conditionnelles introduites par si.

Marcel Vuillaume (Université de Nice- Sophia Antipolis) :
L’expression du futur dans le passé en français et en allemand

Le conditionnel français se caractérise par le fait qu'il suppose une subjectivité, un Enonciateur, dont l'acte de parole, localisé en R, est antérieur (voir la marque -AIT) à celui du Locuteur, localisé en S. Si on adopte une conception du futur comme temps ramifié, il s'ensuit que le futur (voir la marque -R-) de l'Enonciateur comporte d'une part une tranche d'indécidable qui n'est pas telle pour le Locuteur ( il s'agit de l'intervalle entre R, le moment de parole de l'Enonciateur, et S, le moment de parole du Locuteur), ce dernier ayant déjà connaissance des faits situés entre R et S, et d'autre part une tranche d'indécidable qui est également de l'inconnu pour le Locuteur (il s'agit de tout ce qui se situe après S).
          Cette caractérisation rend compte tant des emplois modaux que des emplois temporels. Pour ce qui est des emplois modaux, ce qu'envisage l'Enonciateur est non réalisé ou incertain aux yeux du Locuteur, pour ce qui est des emplois temporels, les faits sont simplement représentés à partir de R.
          L'allemand ne possède pas de forme pour l'expression du futur vu à partir du passé comparable au conditionnel français. Dans le discours indirect, l'allemand a recours au Subj I pour rendre un discours direct au futur de l'indicatif, et au Subj II si le contenu est une représentation pure, imaginaire, non liée au moment de parole, et opposée à l'état du monde réel. Dans le passage au discours indirect libre, le Subj II se maintient. Pour l'expression des faits vus à partir du passé, il correspond ainsi en traduction au conditionnel français, la raison en étant que, donnant le contenu de la proposition comme une pure représentation, le Subj II implique une subjectivité porteuse, au même titre que le conditionnel.

Hanne Korzen  (Ecole des Hautes Etudes Commerciales Copenhague) &
Henning Nølke (Universite d'Aarhus) :
Le conditionnel : niveaux de modalisation

Korzen et Nølke partent de l'idée que le conditionnel est le signe d'un déplacement: les coordonnées fondamentales par rapport auxquelles se jauge l'énoncé d'une proposition et qui sont le moi (lo)-ici (mo)-maintenant (to) sont déphasées. Le déplacement peut concerner chacun des trois paramètres, le locuteur qui laisse parler un autre (locuteur vrai) ou qui cite un autre (locuteur virtuel) ou qui interprète un autre (être entièrement discursif), le monde, et le temps. La théorie localiste qui leur sert d'appui les amène de ce fait à la formulation: "si on se place à Ri  (Ri représentant le triplet { li, mi, ti }), Pj". La formulation "si on se place à Ri, Pj" ouvre la possibilité d'une glose en "si..." pour l'emploi du conditionnel en général et ce seront des différences dans le point d'impact et le sens de ces gloses qui permettront de distinguer entre les différents types.
          (i) Les conditionnels temporels (subjectif ou objectif).
          (ii) Les trois types de conditionnels modaux établis d’après la portée de si... sur l’énoncé (type standard) ou sur l’énonciation. Dans ce dernier cas, il faut distinguer deux types : si... peut avoir trait à la citation du discours d’un autre ou bien à la façon dont les choses sont dites et le conditionnel, atténuateur, prend son sens d'un "si on devait parler selon les termes consacrés" (p.ex. Il aurait plutôt tendance à prendre des mesures impopulaires).
          Quant au lieu d'impact du conditionnel temporel, énoncé ou énonciation, la question reste ouverte.

Jacques Moeschler (Université de Genève) &
Anne Reboul (Institut des Sciences Cognitives Lyon) :
Conditionnel et assertion conditionnelle

Dans cet article, nous proposons un traitement unifié du conditionnel en français. Nous commençons par prendre comme usage standard du conditionnel son occurrence dans le conséquent des phrases conditionnelles (si…alors). Nous rendons compte de la distribution du temps et de l’aspect dans l’antécédent et le conséquent des phrases conditionnelles en montrant que des combinaisons simples de temps et d’aspects conduisent à la distinction traditionnelle entre phrases conditionnelles contrefactuelles et phrases conditionnelles simples. Nous contrastons deux approches des phrases conditionnelles, celle dans laquelle leur valeur de vérité est supposée être un cas particulier de la valeur de vérité de l’implication matérielle (assertion d’une phrase conditionnelle) et celle dans laquelle leur valeur de vérité dépend du conséquent, la valeur de vérité du conséquent étant influencée par la valeur de vérité de l’antécédent (assertion conditionnelle). Nous montrons que la notion pragmatique d’assertion conditionnelle peut être combinée à la sémantique des mondes possibles pour rendre compte de tous les usages du conditionnel à travers la notion d’assertion conditionnelle. Finalement, nous discutons rapidement de la relation entre cette approche du conditionnel et la théorie des actes de langage et proposons une description de l’assertion conditionnelle dans le cadre théorique de la théorie de la pertinence.

Carl Vetters (Université du Littoral-Côte d'Opale) :
Le conditionnel : ultérieur du non-actuel

Le conditionnel présent et le conditionnel passé sont de véritables trouble-fête pour les temporalistes. La grande diversité d’effets de sens que prennent ces tiroirs en contexte pose problème pour la plupart des théories du système verbal français. Cet article adopte un point de vue sémasiologique : on essaiera de déterminer quel est l’invariant ou sens fondamental qui permet d’obtenir cette multiplicité d’effets de sens. On montrera que les analyses qui font abstraction du lien avec le futur et l’imparfait débouchent sur un sens trop vague, ne permettant pas de distinguer le conditionnel des autres tiroirs. La thèse qui sera défendue est que le sens du conditionnel présent est prévisible à partir de celui de ses composantes morphologiques. L’analyse proposée ici est proche de celle proposée par Laurent Gosselin dans Cahiers Chronos 4, mais s’en distingue dans la mesure où elle part de l’idée que l’imparfait n’est pas un temps du passé. On montrera que l’approche suivie a l’avantage qu’elle permet (i) d’éviter l’analyse éclatée du conditionnel et (ii) de rendre compte d’un certain nombre de phénomènes que l’on peut difficilement ramener au sens passé de l’imparfait.

Danielle Leeman (Université de Paris X Nanterre) :
Pourquoi ne peut-on combiner si et le conditionnel ?

Danielle Leeman est en quête d'une explication générale pour l'incompatibilité entre si et le conditionnel, le futur temporel et modal, et le passé simple. Après avoir mis au jour les failles qui entachent les propositions faites de par le passé, elle opte pour une hypothèse énonciative, selon laquelle si indique que le locuteur envisage un événement dans le cadre de l'actualité du moi-ici-maintenant et assume la responsabilité de son dire. Il peut donc se combiner avec les temps qui marquent un jugement de vérité assumé par le locuteur, le présent et l'imparfait, alors qu'il doit être incompatible avec les temps de l'inactuel, les futurs temporel et modal et le conditionnel. Que si ne se combine pas non plus avec le passé simple indique que le passé simple montre la vérification sans qu'elle soit assumée, puisque personne alors ne parle (Benveniste). Et si on trouve au cas où avec le conditionnel, cela tient au fait que au cas où suppose une réticence à accorder ou non du crédit à une information venue d'ailleurs, et partage ce sème avec le conditionnel.

Andrée Borillo (Université Toulouse-le Mirail) :
Le conditionnel dans la corrélation hypothétique en français

Dans un schéma de corrélation hypothétique, la première proposition, la protase, constitue une hypothèse dont la réalisation, soit reste possible dans le futur de l'énonciateur, soit aurait pu être possible dans le passé mais ne l'a pas été. La seconde proposition, l'apodose, exprime ce que pourrait être, ou ce qu'aurait pu être, la conséquence de cette réalisation. Les deux propositions sont réunies dans une seule unité de discours, mais l'expression de la relation corrélative peut prendre des formes différentes. Dans le cas le plus fréquent, la protase, prenant la forme d'une proposition subordonnée introduite par une conjonction, laisse à l'apodose le statut de proposition principale. Mais la corrélation peut également se présenter comme une relation parataxique simplement marquée par la présence de certains traits qui font sa caractérisation.
          La construction qui fait l'objet de cette étude se caractérise avant tout par la présence dans la protase d'un verbe au conditionnel, mais cette propriété peut éventuellement s'accompagner d'autres traits, les uns se rapportant à la proposition elle-même (par exemple, l'inversion de l'ordre du sujet et du verbe), les autres matérialisant son enchaînement nécessaire avec l'apodose  par un relateur particulier (que ou et).
          En fonction de ces paramètres de variation, se dégagent pas moins de cinq types de structures parataxiques qui lorsqu'elles s'appliquent à un même énoncé  peuvent être mises en comparaison les unes avec les autres, notamment pour ce qui est de leur différence sur le plan sémantique, mais également peuvent être comparées avec les structures hypotaxiques correspondantes (conditionnelles en si ou même si).

Hans Kronning (Université d’Uppsala) :
Nécessité et hypothèse : ‘devoir’ non déontique au conditionnel

Dans cet article, nous étudions l’interaction entre le sémantisme du verbe modal devoir dans ses emplois non déontiques et celui de la catégorie flexionnelle du conditionnel. L’assise empirique de cette étude est constituée de deux corpus (l’un littéraire et l’autre journalistique) qui totalisent plus de 1 400 occurrences de devoir au conditionnel.
          Nous montrons, d’une part, que, devoir non déontique au conditionnel n’accepte que l’interprétation aléthique lato sensu (la « nécessité »), à l’exclusion de son interprétation épistémique et, d’autre part, que le conditionnel de devoir non déontique n’accepte que l’interprétation modale (« hypothétique »), à l’exclusion des ses emplois temporaux et évidentiels (« conditionnel journalistique »).
          Nous concluons que tous les arguments avancés dans cette étude semblent converger vers une analyse qui fait de devoir non déonique au conditionnel la conjonction à première vue aporétique de la « nécessité » et de l’« hypothèse ».

Lotfi Abouda (Université Stendhal - Grenoble 3) :
Les emplois journalistique, polémique, et atténuatif du conditionnel. Un traitement unitaire

L'objectif de cet article est de proposer un traitement unitaire pour les emplois journalistique, atténuatif et polémique du conditionnel.
          Après une première phase descriptive où il s'agira de déterminer les caractéristiques linguistiques fondamentales de chacun des emplois considérés, nous nous interrogerons sur leurs valeurs sémantiques basiques respectives, avant de les comparer les unes aux autres.
          Or l'examen et la comparaison des données, ainsi que leur confrontation aux hypothèses explicatives généralement proposées montrent clairement, nous semble-t-il, que ces emplois ont en commun une seule et même valeur basique, celle de la non-prise en charge par le Locuteur de son énoncé.
          En effet, en distinguant ce qui relève strictement du signe linguistique de toutes les informations apportées par le contexte ou le co-texte, nous parviendrons naturellement à regrouper au sein d'une même classe les emplois journalistique et polémique, la valeur "polémique" attachée habituellement à ce dernier étant systématiquement apportée par le contexte, non par le conditionnel lui-même.
          Enfin, l'emploi atténuatif se laisse lui-même décrire de la même manière grâce à l'apport de la théorie polyphonique de Ducrot : la valeur basique est là aussi la non-prise en charge par le Locuteur (la personne qui dit je) de son énoncé.

Pierre Haillet (Université de Cergy-Pontoise) :
A propos de l’interrogation totale directe au conditionnel

En s’appuyant sur la distinction – exposée dans ses publications antérieures – entre trois catégories fondamentales d’emploi du conditionnel dans les assertions, catégories qui correspondent à trois principaux types d’effets de sens (altérité énonciative, transposition du futur dans le passé, hypothèse), l’auteur aborde la problématique de l’interprétation de l’interrogation totale directe au conditionnel. Son approche s’inspire de travaux récents sur l’interrogation et l’argumentation, et consiste à mettre en relation l’interprétation d’un énoncé interrogatif donné avec « l’assertion sous-jacente à la question » (concept forgé ad hoc). L’analyse proposée intègre l’ensemble des faits morpho-syntaxiques (questions marquées par « EST-CE QUE », par la postposition du sujet pronominal au verbe ou par l’intonation seule, combinées ou non avec la négation). L’application d’un certain nombre de procédures formelles permet d’identifier, dans les interrogatives totales, les occurrences du conditionnel temporel et du conditionnel d’hypothèse ; l’auteur montre ensuite quelles sont les propriétés linguistiques qui caractérisent les questions au conditionnel d’altérité énonciative. L’examen de leur utilisation argumentative en discours, à travers l’analyse d’un corpus d’énoncés attestés, aboutit à deux conclusions. D’une part, l’emploi du conditionnel d’altérité énonciative produit globalement le même type d’effet de sens fondamental – « dédoublement énonciatif », associé éventuellement à des effets discursifs secondaires tels que « contestation », « atténuation », etc. – dans l’interrogation totale directe et dans les assertions. D’autre part, un effet de sens particulier semble résulter systématiquement de la combinaison du conditionnel d’altérité énonciative avec une catégorie syntaxique précise d’énoncés interrogatifs : il s’agit alors de l’association de deux éléments sémantiques, « existence d’arguments en faveur d’une certaine conclusion » et « mise à distance de cette conclusion ».

Liliane Tasmowski (Université d'Anvers) :
Questions au conditionnel

A partir de la constatation qu'il ne correspond pas de forme interrogative au conditionnel d'ouï-dire, ni de forme affirmative au conditionnel d'hypothèse, nous faisons l'hypothèse d'une distribution complémentaire entre les deux emplois et nous cherchons à montrer qu'il s'agit de deux facettes d'un emploi du conditionnel taxé d'évidentiel parce qu'il indique un accès à l'information indirect.

Philippe Kreutz (Université Libre de Bruxelles) :
"Une chatte n’y retrouverait pas ses jeunes". Polyphonie, scalarité et dispositions

Cette article se propose d'étudier un ensemble spécifique d'expressions idiomatiques au mode conditionnel (voir données en II). Divers arguments attestent du caractère polyphonique de ces expressions. Premièrement, le locuteur se présente comme convoquant le point de vue de la sagesse populaire auquel il ne peut que souscrire (3.). Deuxièment, la valeur d'emprunt du conditionnel se révèle par l'affinité de ces expressions avec les marqueurs polyphoniquse si, tel et tellement (5). Par ailleurs, des expressions telles que une chatte n'y retrouverait pas ses jeunes ou il tuerait père et mère se démarquent nettement des métaphores typifiantes au conditionnel (ex: on se croirait dans un moulin, on dirait un Hercule). Les secondes évoquent une propriété paroxystique via un prototype tandis que les premières opèrent une telle évocation sur base d'un mécanisme scalaire. Ce mécanisme, décrit en (4), opère par le positionnement d'un item (ex: une chatte) au sommet d'une échelle argumentative relative à un type de comportement (ex: ne pas retrouver ses jeunes), comportement révélateur de la propriété ciblée (ex: désordre extrême). En (6), nous tentons un rapprochement d'ordre cognitif entre nos expressions et certaines questions au conditionnel. Dans les deux cas, l'emploi du conditionnel semble corrélé à une forme affaiblie d'intentionnalité (responsabilité au sens de la tragédie grecque) et aux liens existants entre les dispositions d'agents et leurs manifestations comportementales.

Patrick Dendale (Université de Metz & Université d'Anvers) &
Carl Vetters
: (Université du Littoral-Côte d'Opale) :
Bibliographie spécialisée sur le conditionnel en français

 

 

Sélection de références bibliographiques Retour en Haut

Cette bibliographie ne reprend que des études publiées après 1970. Elle ne reprend pas les thèses sur le sujet. Elle reprend uniquement des études qui ont le mot "conditionnel" dans le titre.
Pour une bibliographie beaucoup plus complète voir à la fin du volume.

ABOUDA, L., 1997, « Le conditionnel : temps ou mode? Arguments syntaxiques », Revue Romane, 32:2, pp. 179-198.

AUNE, O., 1990, « Observations sur la principale hypothétique au conditionnel dans le français familier », Studia Neophilologica, 62:2, pp. 213-218.

BARRAL, M., 1971, « Un cas de la concordance des temps du subjonctif : L’imparfait après le conditionnel présent : Etude diachronique et synchronique », Revue des Langues Romanes, 79, pp. 29-69.

BARRERA-VIDAL, A., 1979, « Le conditionnel, mode en expansion. Une approche fonctionnelle et communicative de la question », In : Bergerfurth, W., Diekmann, E. & Winkelmann, O. (éds.), 1979, Festschrift für Rupprecht Rohr zum 60. Geburtstag, Heidelberg, Groos. pp. 33-51

BOTEVA, S., 1984, « Le conditionnel français et bulgare - analyse sémantique », Contrastes, 9, pp. 47-61.

CLARIS, J.M., 1971, "Notes sur les formes en -rait", Langue française, 11, 32-38.

DENDALE, Patrick, 1993, "Le conditionnel de l'information incertaine : marqueur modal ou marqueur évidentiel ?", in Hilty, Gerold (ed.), 1993, Actes du XXe Congrès International de Linguistique et Philologie Romanes, Université de Zurich (6-11 avril 1992), Tübingen, Francke Verlag, tome 1, p.165-176.

DENDALE, P., 1999, « Le conditionnel de devoir : origine et valeur de l’emploi évidentio-modal », Cahiers Chronos, 4, pp. 7-28.

DENDALE, P., 2000, « Devoir épistémique à l'indicatif et au conditionnel : inférence ou prédiction ? », In : Englebert, A. e.a. (éds.), 2000, Actes du XIIe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes, Bruxelles, 23-29 juillet 1998, Tübingen, Niemeyer, vol. VII, pp. 159-170.

DILLER, A.-M., 1977, « Le conditionnel, marqueur de dérivation illocutoire », Semantikos, 2:1, pp. 1-17.

DONAIRE, M.L., 1998, "La mise en scène du conditionnel ou quand le locuteur reste en coulisses", Le français moderne, 66:2, 204-227.

GOBERT, D. & MAISIER, V., 1995, « Valeurs modales du futur et du conditionnel et leurs emplois en français contemporain », The French Review, 68: 6, pp. 1003-1014.

GOSSELIN, L., 1999, « Les valeurs de l'imparfait et du conditionnel dans les systèmes hypothétiques », Cahiers Chronos, 4, pp. 29-51.

HAILLET, Pierre, 1995, Le conditionnel dans le discours journalistique. Essai de linguistique descriptive, Québec, Bref.

HAILLET, P., 1998a, « Le conditionnel d’altérité énonciative et les formes du discours rapporté dans la presse écrite », Pratiques, 100, pp. 63-79.

KORZEN, Hanne & Henning NøLKE, 1990, "Projet pour une théorie des emplois du conditionnel", in Actes du 11e Congrès des Romanistes scandinaves, Trondheim 13-17 août 1990.p. 273-300.

LAVOIE, R., 1989, « Morphologie des variantes du futur et du conditionnel dans le parler québécois », Revue Québécoise de Linguistique Théorique et Appliquée, 8:3-4, pp. 189-204.

MARTIN, R., 1981a, « Le futur linguistique : temps linéaire ou temps ramifié? (à propos du futur et du conditionnel français) », Langages, 64, pp. 81-92.

MARTIN, Robert, 1981b, "Potentiel et irréel. Esquisse d'une analyse sémantico-logique", in Geckeler, Horst, e.a. (éds.), 1981, Logos Semantikos, vol. IV., New York, De Gruyter, 417-428.

 


 

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UFR Lettres et Langues
Collection Recherches Linguistiques
Secrétariat de recherches
Ile du Saulcy
F-57045 Metz cedex 1
France

 

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souhaite commander ………. exemplaire(s) du livre :

Dendale, Patrick & Tasmowski, Liliane (éds), 2001, Le conditionnel en français", Metz, Université de Metz / Paris, Klincksieck, 374 pp.,
(Coll. Recherches Linguistiques, 25)

au prix de euro 21,35 ttc + euro 3,00 ttc de frais d'envoi, par exemplaire

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Dernière révision de cette page : 08 décembre 2005
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